Historique

Je me souviens qu’au cours des années 70, au moment où j’avais une très forte clientèle pour obésité et cellulite, et bien, cette cellulite représentait un casse-tête quotidien. Je voyais régulièrement de jeunes femmes aux prises avec ce problème de cellulite, non pas simplement la peau d’orange avec laquelle nous avions quand même un certain succès, quoique transitoire malheureusement, mais avec cette cellulite rondeur, qu’on voyait surtout au niveau des cuisses, et qu’on appelle toujours « culotte de cheval ». Je me souviendrai toujours de cette hôtesse de l’air, fort jolie, et qui pleurait dans mon bureau en me racontant qu’elle ne se mettait jamais en maillot de bain et qu’elle donnerait n’importe quoi pour être débarrassée de sa culotte de cheval.

Cette idée d’enlever chirurgicalement des masses de graisse localisées n’est pas nouvelle. Dès 1921, le Dr Dujarnier, en France, utilisa une curette (instrument dont on se sert pour nettoyer l’intérieur de l’utérus) pour enlever de la graisse aux genoux et aux mollets d’une danseuse, qui se trouvait, avec raison, trop adipeuse à ces endroits précis, qu’elle devait exhiber en public.

Malheureusement, ce chirurgien blessa une artère importante et la danseuse dut être amputée d’une jambe.

Personne n’osa plus tenter l’opération jusqu’en 1964, où un dénommé Schruddle reprit l’expérience, toujours sur des jambes et toujours avec une curette. Mais il eut encore une fois des complications sérieuses d’hémorragies et autres, et il n’osa pas ressayer sur d’autres patients.

Le fameux plasticien Pitanguy, du Brésil, se décida, devant tant de femmes éplorées, à opérer la culotte de cheval en enlevant un bloc de graisse et de peau, ce qui laissait une large et vilaine cicatrice, mais à condition d’être vêtues, les patientes étaient améliorées.

C’est donc cette culotte de cheval qui donna lieu à l’invention de la liposuccion.

En 1974, des chirurgiens italiens, les docteurs Arpad et Giorgio Fisher, père et fils, eurent l’idée géniale d’introduire sous la peau, par une incision minuscule, un tube de métal pour retirer les graisses sans laisser de cicatrices apparentes.

Pour ce faire, ils inventèrent un appareil motorisé, le cellulo-succiotome, qui broyait les graisses pour les succionner par la suite. Idée géniale, mais qu’il fallait développer davantage, car cet appareil trop brutal, qui arrachait le tissu graisseux, donnait de mauvais résultats esthétiques et des complications médicales d’hémorragies, d’embolies, etc., ainsi qu’une longue convalescence.

« L’idée » donc d’un tube en acier inoxydable qu’on introduit sous la peau pour en extraire les graisses à peu près sans laisser de traces était lancée officiellement en 1977, lorsque les Fischer publièrent leur « trouvaille » dans une revue médicale.

La même année, le docteur Y. J. Illouz, un médecin français, prit l’idée des docteurs Fisher et remplaça les instruments beaucoup trop tranchants de leur technique par des canules à bout mousse, c’est-à-dire arrondi, employant pour ce faire l’appareillage dont on se servait pour les avortements, à savoir une canule, un tube et un aspirateur. C’était un autre pas de géant dans la bonne direction.

Le docteur Illouz avait découvert la tunnellisation, c’est-à-dire ce mouvement de va- et-vient au niveau de la graisse avec une canule non tranchante, effectuant de multiples tunnels dans le tissu graisseux, lesquels tunnels se vident à mesure grâce à un tube de plastique transparent qui relie la canule à un aspirateur.

En 1981, le docteur Pierre Fournier, un autre chirurgien parisien, eut l’idée de faire des croisements de travées, à l’aide de la canule, ce qu’en anglais on appelle « criss-cross ». Le fait de faire des croisements avec la canule évitait une complication très désagréable, la tôle ondulée, c’est-à-dire des irrégularités de la peau sous forme de vagues qui demeuraient après la guérison et qui, esthétiquement, étaient inacceptables.

Le docteur Fournier fit la promotion d’un bandage compressif, après la liposuccion, pour tenir les tissus bien en place pour les semaines suivant l’intervention. Il découvrit aussi qu’on pouvait aspirer la graisse sans aspirateur, simplement en faisant le vide dans une seringue. Cette découverte trouve son intérêt lorsqu’on veut retirer la graisse sans la « brutaliser », en vue de la réinjecter ailleurs, là où il en manque.

Cependant, à ce moment-là, la liposuccion présentait trois inconvénients majeurs, soit un saignement excessif, une longue convalescence et de fréquentes irrégularités de la peau, cette fameuse « tôle ondulée ».

De tels inconvénients réservaient la liposuccion à une clientèle vraiment mal prise, si vous me permettez l’expression.

Une découverte de taille restait encore à faire, qui allait propulser la liposuccion au zénith de la chirurgie esthétique et lui donner une popularité inouïe dans le monde entier. Celle-ci fut faite en Californie, vers les années 1985, par le docteur Jeff Klein, dermatologue américain, qui avait fait des études en physique, en mathématiques et en pharmacologie.

La grosse découverte du docteur Klein concerne la xylocaïne, ce médicament que nous avons tous expérimenté chez le dentiste, lorsqu’on nous anesthésie les dents.

Klein a découvert ce qu’on appelle la « tumescence ». Tumescence veut dire ferme et gonflé. Il s’agit donc d’infiltrer dans le tissu graisseux de grosses quantités de sérum physiologique, additionné de certains médicaments, de façon à anesthésier complètement la graisse, et aussi à l’assécher, pour qu’on puisse aspirer de la graisse, et non du sang, ce qui se produirait inévitablement si on essayait d’aspirer de la graisse sans cette médication.

Le fait d’infiltrer de grandes quantités de liquide anesthésique dans la graisse pour la rendre tumescente permet de distendre les tissus graisseux et entraîne un relâchement des cloisons fibreuses. Le tout permet une meilleure pénétration de la canule dans les tissus graisseux qui doivent être aspirés.

Avant Klein, les manuels de pharmacologie nous enseignaient que la xylocaïne pouvait s’injecter jusqu’à un maximum de 7 mg par kilo de poids corporel, lequel décompte est vite atteint lorsqu’il s’agit de faire une liposuccion. Par exemple, on aurait pu faire une toute petite culotte de cheval et probablement un seul côté à la fois. C’est pourquoi on devait employer d’emblée l’anesthésie générale.

Klein eut l’idée géniale de diluer cette xylocaïne avec du sérum et d’étudier quel serait l’effet de cette dilution sur le pouvoir anesthésique du produit. Il dilua ainsi le produit dans des litres de sérum et s’aperçut que les pouvoirs anesthésiques non seulement demeuraient, mais augmentaient, et que même la dose maximum permise dépassait amplement ce qu’on enseignait auparavant. Ses études démontrèrent qu’on pouvait injecter presque 10 fois plus de xylocaïne, sans aucun effet toxique, si on ajoutait à ce cocktail de l’adrénaline, qui assèche la graisse et prévient le saignement pendant la liposuccion.

Mais ce mélange était douloureux lorsqu’on l’injectait, parce que trop acide. Klein ajouta du bicarbonate de soude et le tour était joué; il venait d’inventer « la liqueur de Klein », essence même de la tumescence, et qui permet de faire une liposuccion complètement sous anesthésie locale.

La technique tumescente fut présentée pour la première fois par le docteur Klein en juin 1986, au Congrès mondial de liposuccion, qui avait lieu à Philadelphie. Son premier article qui la décrivait en entier parut en 1987 dans l’American Journal of Cosmetic Surgery.

Cette découverte fut tellement importante qu’elle donna un nouveau souffle à la liposuccion.

Les médias s’en emparèrent, et Klein passa à des émissions nationales aussi prestigieuses que « Larry King Live » et « 20/20 ».

En mars 1997, j’ai eu le privilège de passer trois jours à la clinique de Klein, à San Juan Capistrano, et d’observer son travail. Je dirais que c’est lui qui a allumé en moi le feu sacré de la liposuccion.

Après cette découverte de la tumescence, Klein ajouta la microliposuccion, c’est-à-dire l’utilisation de canules au diamètre beaucoup plus étroit que ce qu’on employait auparavant. En effet, il existe des canules qui font jusqu’à 10 mm de diamètre (grosseur d’un crayon), et les premières expériences des Fisher et Illouz se faisaient avec des canules de 6 mm, ce qui est beaucoup trop gros et ne peut conduire qu’à des complications, car plus la canule est grosse, plus elle traumatise les tissus.

On m’a affirmé que la première expérience d’Illouz, qui opéra sa nièce à la culotte de cheval, se fit avec une canule à interruption de grossesse de 10 mm, c’est-à-dire aussi grosse qu’un crayon.

Klein proposa des canules ne dépassant pas 3 mm, ce qui autorise des incisions beaucoup plus petites qui guérissent sans laisser de traces visibles, permettant un travail beaucoup plus régulier, avec infiniment moins de danger d’irrégularités de la peau.

On avait alors tout en main pour que la liposuccion devienne un « grand art ».

Avant d’aborder la dernière découverte, un mot de la liposuccion à l’ultrason, car beaucoup posent des questions là-dessus. Le docteur Zocchi, en 1992, pensa ajouter l’énergie ultrasonique à la canule mousse dans le but de faire éclater les cellules graisseuses pour qu’elles soient plus facilement aspirées par la canule. Mais cette nouvelle technologie, dont le seul but était de faciliter le travail du médecin, amena des inconvénients tels que brûlures, saignements, etc.

De plus, cet appareillage dispendieux n’apporte aucun avantage au patient, donc presque plus personne ne l’utilise.

Il restait cependant un autre pas à franchir pour que la liposuccion accède à la perfection qu’elle reflète maintenant.

Ce pas fut franchi par le docteur Marco Gasparotti, un chirurgien esthétique romain, tout comme ses prédécesseurs, les docteurs Fisher, père et fils, les grands découvreurs de la liposuccion.

Voici : on avait toujours enseigné que pour éviter des irrégularités de la peau, il fallait promener la canule en profondeur, c’est-à-dire près du muscle, de façon à laisser la fine couche graisseuse nécessaire à un beau résultat immédiatement sous la peau.

Et bien, dès 1982, cette façon de procéder fut fortement questionnée par Marco Gasparotti, qui se demandait : « Pourquoi travailler si profondément dans la graisse pour corriger un défaut qui est tellement superficiel? » Il s’aperçut bien vite qu’au contraire, si on passait la canule en superficie, juste sous la peau, non seulement on obtenait une peau très lisse, absente d’irrégularités, mais mieux, on assistait à une extraordinaire rétraction de la peau, même chez les gens âgés ou avec des peaux flasques. Il est important d’ajouter que cette technique superficielle ne serait pas réalisable avec les grosses canules du début.

Voici le principe du docteur Gasparotti. Tout le monde s’entend sur la nécessité de laisser une fine couche de graisse pour obtenir une peau souple, qui glisse sur les plans profonds, sans adhérence aucune.

Et bien, ce film de graisse, plutôt que de le laisser « accroché » à la peau, on le laisse plutôt sur le plan profond, ce qui libère la peau de sa gangue graisseuse et lui permet de se rétracter sans aucun problème. Autrement, le poids de cette graisse empêche la peau de remonter. C’est en effet la graisse qui fait pendre la peau, par exemple dans le tablier graisseux, et non pas la peau qui fait pendre la graisse. La peau, qui est un tissu extrêmement élastique, subit les caprices des organes qu’elle sous-tend, le tissu graisseux dans l’exemple qui nous concerne.

Cela signifie que des liposuccions qui auraient été impossibles à réaliser par crainte que la peau « ne recolle pas » devenaient possibles. C’est au Brésil, en 1989, lors d’un congrès de chirurgie plastique, que le docteur Gasparotti décrivit sa technique pour la première fois.

J’ai pu me rendre à Rome en 2000 et j’ai eu la chance de voir travailler le docteur Gasparotti, et de m’entretenir longuement avec lui.

Donc, comme vous pouvez le constater, la liposuccion a suivi un long périple et a mis près de vingt ans pour atteindre la perfection qu’elle connaît aujourd’hui.

C’est pourquoi elle est devenue l’intervention la plus pratiquée au monde en chirurgie esthétique.

Dr André Dupuy

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Avertissement : Ces photos sont publiées à titre indicatif afin de fournir de l’information sur la nature de l’intervention. Elles ne constituent aucunement une garantie de résultat.

Source : archives médicales du Dr Dupuy

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